le prix du livre

Prix unique du livre numérique ?

La loi n° 81-766 du 10 août 1981 relative au prix du livre (dite loi Lang) dispose que le prix d’un livre neuf vendu en France est fixé par l’éditeur. Le prix de vente effectif au public doit être compris entre 95% et 100% du prix fixé par l’éditeur.

Le livre numérique n’est pas considéré comme couvert par la loi Lang mais, trente ans plus tard, une autre loi a reproduit le dispositif du prix unique fixé par l’éditeur aux livres électroniques (loi 2011-590 du 26 mai 2011 relative au prix du livre numérique).

Quelle TVA pour le livre numérique ?

Jusqu’au 1er janvier 2012, le taux de TVA (taxe sur la valeur ajoutée) du livre imprimé était de 5,5% et celui du livre numérique était de 19,6%. Désormais, le régime de TVA est identique et le code général des impôts assimile totalement les deux formes du livre. Le taux de TVA applicable est à ce jour de 7%.

L’administration fiscale a pu apporter les précisions suivantes (Rescrit N° 2011/38) :

L’article 25 de la loi de finances pour 2011 a étendu à compter du 1er janvier 2012 le taux réduit de la taxe sur la valeur ajoutée applicable aux livres notamment aux livres numériques.

Le 6° nouveau de l’article 278 bis est désormais ainsi rédigé : «livres, y compris leur location. Dans le cas des opérations dont le fait générateur intervient à compter du 1er janvier 2012, cette disposition s’applique aux livres sur tout type de support physique, y compris ceux fournis par téléchargement».
Le livre, numérique, ou sur support physique, a pour objet la reproduction et la représentation d’une oeuvre de l’esprit créée par un ou plusieurs auteurs, constituée d’éléments graphiques (textes, illustrations, dessins…) publiée sous un titre.

Le livre numérique ne diffère du livre imprimé que par quelques éléments nécessaires inhérents à son format. Sont considérés comme des éléments accessoires propres au livre numérique les variations typographiques et de composition ainsi que les modalités d’accès au texte et aux illustrations (moteur de recherche associé, modalités de défilement ou de feuilletage du contenu).

Le livre numérique est disponible sur un réseau de communication au public en ligne, notamment par téléchargement ou diffusion en flux, ou sur un support d’enregistrement amovible.

Quel est le prix d’un livre numérique ?

Au niveau des prix, on constate :

  • des livres électroniques gratuits
  • des livres électroniques à moins de 5 euros
  • des versions électroniques des livres grands publics aux alentours de 17 euros

Les ebooks gratuits sont souvent des classiques de la littérature, libres de droits d’auteurs (et libres de DRM). L’absence de droits d’auteurs n’explique pas seule la gratuité puisque ces mêmes classiques ont un coût quand ils sont achetés en version papier.

Les livres électroniques à moins de 5 euros sont souvent des livres avec une diffusion uniquement électronique.

Les livres électroniques dont le prix tourne autour de 17 euros sont la version numérique de livres vendus par ailleurs en version papier. Ce prix est plus intéressant que le prix de la version brochée (souvent aux alentours de 21 euros) mais bien plus cher qu’un livre de poche (souvent aux alentours de 7 euros).

Comment s’explique le prix d’un livre

Pour introduire le sujet, voici une petite infographie reprise du Net :

 

A noter : la différence de taux de TVA est désormais une histoire ancienne cependant la baisse du taux (passé de 19,6% à 7%) ne s’est pas accompagnée d’une baisse proportionnelle des prix de vente.

On voit que les acteurs de la filière numérique diffèrent de ceux de la filière papier (informaticiens vs imprimeurs). Ce que ne traduit pas l’infographie ci-dessus, c’est la différence dans chaque filière de la part des coûts fixes et la part des coûts variables selon le nombre d’exemplaires produits ou vendus. Essayons de rentrer un peu plus dans les détails…

Je vous invite à lire l’étude « Le coût d’un livre numérique » de Hervé Bienvault, réalisée pour le MOTif (observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France). A découvrir en suivant ce lien.

De vrais coûts de production et de diffusion

On a tendance à le sous-estimer mais la fabrication et la diffusion du livre numérique génèrent de vrais coûts qui se retrouveront immanquablement dans le prix final.

Au niveau de la fabrication : à la base le livre imprimé existe sous la forme d’un fichier informatique. Le livre arrive chez l’imprimeur sous la forme d’un fichier « PDF-imprimeur ». Pour autant, il serait trompeur d’assimiler ce fichier au livre numérique que le client final peut lire.

Un « bon » livre numérique n’est pas que la version informatique d’un livre imprimé. Il doit être conçu (ou retravaillé) dans l’optique de la lecture numérique. Ceux qui ont pratiqué cette lecture savent qu’il y a des qualités particulières. En premier lieu, le format PDF n’est pas adapté à la lecture sur une liseuse. Le confort de lecture suppose notamment une taille des caractères adaptable sans perdre la mise en page. De plus, quitte à perdre le support papier, autant y trouver des bonus comme des hyperliens (pour la table des matières, les notes en bas de page ou en fin d’ouvrage). Etc…

De fait, un travail particulier supposant des compétences particulières doit être entrepris dans le cadre de la création du livre numérique. Ceci représente un coût nouveau.

Ensuite, dans sa diffusion, le livre numérique se duplique aisément mais il faut le stocker et assurer la vente en ligne (et tous les processus qui en découlent). Là aussi les coûts ne sont pas les mêmes que dans la filière du livre imprimé. C’est, à ce sujet, que se pose la question des DRM (voir définitions). Si ce système réduit le risque de piratage et donc de perte de chiffre d’affaires, il génère néanmoins une dépense (environ 3% du prix de vente). La lecture de l’étude précitée nous apprend que, si le vendeur opte pour les DRM Adobe, il y a un coût fixe non négligeable et un coût supplémentaire par exemplaire. Voilà qui relancera le débat sur les DRM !

La vraie différence

A mon sens, la vraie différence est au niveau du seuil de rentabilité. Comme le souligne l’étude du MOTif, le point mort dépend d’un certain nombre d’éléments (dont bien sûr le prix de vente final) mais grosso modo il tourne autour d’une centaine ou de quelques centaines d’exemplaires.

Il convient aussi de noter que la filière numérique a permis de faire apparaître de nouvelles maisons d’édition dont certaines se consacrent intégralement à ce mode de diffusion. Plus encore, les auteurs peuvent faire l’économie d’une maison d’édition et utiliser des canaux de distribution innovants. Le livre numérique n’est pas obligatoirement une édition dérivée du livre papier. Ces nouveaux acteurs n’ont pas la même dimension que les éditeurs connus et reconnus. Ils n’ont pas la même notoriété, ni la même capacité « marketing ». Ils n’ont pas non plus les mêmes charges. Bon an, mal an, certains arrivent à faire leur trou.

Enfin, le coût d’une version numérique peut aussi résulter d’une volonté d’augmenter le contenu (bonus, contenu multimédia). Aura-t-on alors entre les mains toujours un livre… ou une oeuvre multimédia ?

Et le consommateur dans tout ça ?

Il faut reconnaître que le consommateur n’a rien pour être satisfait. Le prix du livre numérique est actuellement trop cher quand il s’agit de la version électronique d’un livre imprimé d’une maison d’édition traditionnelle. En outre, la baisse de la TVA ne s’est pas traduite par une baisse proportionnelle du prix de vente.

Le consommateur sera tenté de parler de scandale quand il compare le prix du livre numérique à celui d’un livre de poche. Comme le prix d’un livre finit par baisser quand il évolue d’une version brochée à la version poche, il faudra bien que le prix du livre numérique évolue dans le temps.

Certains lecteurs aimeraient également une offre de lecture numérique en location.

Au final, il faudra bien que le secteur se mette à l’écoute du consommateur si La France ne veut pas finir comme le mauvais élève de la littérature à l’heure du numérique.